Une fenêtre météo s'est ouverte in extremis dans la nuit du 5 au 6 septembre 2026.
Les nuages se sont dissipés en soirée, avec néanmoins encore quelques nébulosités persistantes qui n'ont disparu totalement qu'à partir du début de nuit.
Une fois la nuit installée, la Voie Lactée a fait son apparition majestueuse au sein de la voûte céleste, offrant un spectacle grandiose dont on ne se lasse jamais.
Spectacle par ailleurs émouvant lorsque l'on se remémore qu'il s'agit de notre propre galaxie et immense foyer, évoluant au sein d'un Univers bien plus vaste encore.
L'objectif de cette soirée était principalement de réaliser quelques spectres avec un télescope Newton 200/1000mm, un réseau Star Analyser 100 et ma caméra ASI 224 MC.
Cette caméra, planétaire, n'est pas adaptée à un usage en spectroscopie mais elle permet tout de même d'obtenir des résultats en la matière.
Pour calibrer les spectres et corriger la sensibilité de la caméra aux différentes longueurs d'onde, il est conseillé de tout d'abord réaliser le spectre d'une étoile de type A0V offrant des raies d'absorption de Balmer (liées à l'hydrogène) bien marquées.
Pointage donc du télescope vers Vega pour commencer :
Cette première étape étant réalisée, vint l'un des objectifs de la soirée avec la réalisation du spectre de l'étoile double Albiréo A et B (alias Beta Cygni).
Ceux qui ont déjà observé cette étoile double savent qu'elle offre l'un des plus beaux contrastes de couleurs du ciel, l'étoile principale (Albiréo A) étant dotée d'un aspect ambré et semblant (lorsqu'elle est observée au télescope) se tenir au côté de l'étoile secondaire qui restitue pour sa part une délicate couleur bleutée.
Albiréo A est une étoile de type K3II. Elle est elle-même flanquée d'au moins une étoile beaucoup plus discrète, non observable via un télescope.
Albiréo B est une étoile de type B9.5V.
La différence de couleurs entre Albiréo A et B est marquée lorsque ce couple est observé au télescope.
Leur différence de type spectral est également évident lorsqu'on les analyse en spectroscopie :
Albiréo A :
Albiréo B :
Ces deux étoiles ne sont en réalité pas liées par la gravitation.
Il ne s'agit d'une étoile double que par simple effet de perspective.
Vint ensuite un moment plus récréatif avec le pointage de l'amas M13.
Récréatif car la profusion d'étoiles et l'enchevêtrement de leurs spectres respectifs rendent particulièrement difficile toute analyse.
Les spectres sont toutefois conformes à l'aspect doré - orangé des vieilles étoiles composant M13 lorsqu'on les observe au télescope, avec une dominante des couleurs vert-jaune-orange-rouge, bien que le bleu soit loin d'être absent.
L'image ci-dessous est issue du compositage de 55 poses de 10 secondes chacune, avec application de darks :
La promenade céleste s'est poursuivie avec le pointage des nébuleuses planétaires NGC 7009 (dite nébuleuse Saturne) et M57 (dite nébuleuse de la Lyre ou de l'Anneau).
Les spectres de ces nébuleuses ont le mérite d'une apparente simplicité, étant dominés par les longueurs d'onde du H-alpha (rouge profond), de l'O III (vert) et dans une moindre mesure du H-beta (bleu profond), outre d'autres longueurs d'onde plus discrètes mais bien présentes :
NGC 7009 :
M57 :
Cap ensuite vers Saturne pour une nouvelle virée ludique, avec son spectre dominé par le vert et le rouge :
Tandis que Saturne montait dans le ciel et franchissait tout juste la barre des 40° d'élévation, l'occasion (préméditée) était trop belle de l'imager au moyen d'une Barlow Powermate 5X (sans correcteur ADC dont je ne dispose pas).
En effet depuis que je pratique l'astrophotographie, Saturne avait toujours été basse dans le ciel, avec le problème de dispersion et d'aberration atmosphérique que cela induit, outre le problème de turbulence.
Depuis peu, Saturne dépasse péniblement les 40° d'élévation mais c'est toujours mieux que sa faible élévation des années passées. Il fallait donc tenter de l'imager, d'autant plus que vers 2 heures du matin la turbulence s'était nettement calmée (avant de reprendre aussitôt après réalisation de la première vidéo de la planète).
Sur l'image ci-dessous, le satellite Titan est visible en haut à gauche.
Au milieu à gauche se trouve le satellite Dioné.
Juste au-dessus de la partie gauche des anneaux se situe le satellite Encelade mais il est à peine perceptible.
Mieux visible est le satellite Rhéa légèrement en haut à droite de Saturne.
Téthys ferme la marche de ce ballet céleste, à droite des anneaux.
Excepté Titan et Rhéa, il faut de bons yeux pour apercevoir ces satellites.
4000 poses de 16 millisecondes avec gain à 300 ont été compositées via le logiciel Autostakkert, puis le résultat a été traité avec le logiciel Astrosurface.
Enfin, arriva le moment le plus énigmatique et mystérieux que j'attendais, à savoir la rencontre avec Neptune.
Cette planète très lointaine n'offre aucun détail de surface à observer en imagerie mais laisse toutefois apparaître une jolie couleur bleue.
Faute de mission dédiée depuis Voyager 2, Neptune et Uranus restent les planètes les plus mystérieuses du système solaire.
La composition de leur atmosphère est bien connue - principalement l'hydrogène, l'hélium et le méthane - mais leur structure interne demeure très incertaine et ce que l'on croyait savoir d'elles est aujourd'hui remis en cause.
Les modèles récents suggèrent en effet que ces planètes pourraient être composées d’un mélange complexe de roche et de glaces sous des formes exotiques, plutôt que de couches bien séparées comme on l’imaginait autrefois.
Uranus et Neptune sont ainsi aujourd'hui considérées comme des mondes hybrides, finalement très différents des géantes gazeuses classiques.
Ci-dessous se trouve une image compositée de Neptune, faite à la hâte et bâclée mais donnant tout de même un aperçu de ce que l'on peut percevoir (au télescope avec Barlow x5) de ce monde lointain :
Plus intéressant est le spectre très caractéristique de cette planète, montrant des raies d'absorption marquées, liées à la présence du méthane en abondance dans son atmosphère.
Les longueurs d'onde correspondant à la présence du méthane sont principalement celles de 4860, 5430 (encore plus marquée), 5760 et 6190 Angstroms :
Il est rappelé que les planètes n'émettent pas de lumière par elles-mêmes. Elles ne font que réfléchir la lumière du Soleil (du moins s'agissant des longueurs d'onde qui n'ont pas été absorbées par les composants de leur atmosphère, les raies d'absorption étant précisément les indices qui trahissent l'existence des éléments chimiques ou atomiques composant leur atmosphère).