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Observations du 27 décembre
2025 Comète 3I/ATLAS |
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La comète 3I/ATLAS est extraordinaire parce qu’elle défie
les statistiques. Il s’agit seulement du troisième objet interstellaire
détecté au sein du Système solaire. La comète 3I/ATLAS se déplace par ailleurs à environ 64
km/s par rapport à notre Soleil, une vitesse vertigineuse jamais observée
pour un objet naturel au sein du Système solaire. Elle évolue en outre à seulement 5° du plan de
l’écliptique du système solaire et sa trajectoire l’amènera, le 16 mars 2026,
à passer à environ 53 millions de kilomètres de Jupiter, soit à proximité de
la sphère de Hill (zone au sein de laquelle les champs gravitationnels de
Jupiter et du Soleil s’équilibrent). Elle est également soupçonnée d’avoir subi une
accélération non gravitationnelle et des débats sont en cours pour déterminer
si les dégazages observés peuvent ou non l’expliquer. Ces éléments troublants — parmi d’autres encore (comme la
proportion de nickel élevée comparée à celle du fer ou l’orientation de
l’anti-queue opposée au vent solaire etc) — ont
amené certains à envisager l’hypothèse que 3I/ATLAS pourrait éventuellement
être un objet technologique. Cependant, sauf preuve du contraire, 3I/ATLAS est un
objet naturel et aucune des observations disponibles à la date de rédaction
de cet article (29 décembre 2025) ne démontre qu’il s’agirait d’un artefact
technologique. La comète interstellaire 3I/ATLAS s’éloigne de la Terre
depuis le 19 décembre 2025. Le 27 décembre 2025, elle passait à proximité (visuelle)
de l’étoile 31 Leo. À cette date, la Lune se couchait suffisamment tôt pour
que son éclat ne soit pas gênant, d’autant plus que la comète, quant à elle,
se levait assez tardivement. Profitant d’une période ensoleillée et de congés, j’ai
ainsi souhaité imager 3I/ATLAS le 27 décembre 2025 avant qu’elle ne s’éloigne
trop de la Terre. 3I/ATLAS était à cette date à une distance d'environ 1,83
unité astronomique (environ 274 millions de kilomètres). Sa magnitude était alors estimée - d'après les données
officielles - à environ 17 mais dans les faits elle devait plutôt être de
l'ordre de 13. Un fort vent d’Est était prévu, de sorte que je me suis
rendu sur un site à Fréconrupt, qui en est préservé
de par sa topographie. Toutefois, le site de Fréconrupt
— situé à environ 600 mètres d’altitude — restait dans la brume, englué qu’il
était dans les nuages bas. J’ai ainsi décidé de rentrer sur Strasbourg, tout en
faisant sur le chemin une escale au Champ du Feu, par simple curiosité, afin
d’y constater l’état du ciel (le site étant situé plus haut en altitude) et
de l'observer à l’œil nu pendant quelques minutes. Alors que je n’envisageais plus de monter mon matériel
compte tenu de l’heure tardive, du vent et du froid, la beauté du ciel au
Champ du Feu m’a fait changer d’avis. Un croissant de Lune s’y couchait, avec des étoiles bien
piquées qui constellaient un magnifique ciel parfaitement limpide. Il y avait peu de neige mais le givre recouvrait le sol
et les arbres, leur donnant un aspect blanc, délicat et cristallin. La turbulence était forte, les étoiles scintillant
quasiment jusqu’au zénith. Faiblement positives lorsque je suis arrivé, les
températures sont devenues négatives après minuit. Les rafales venant de l’Est étaient omniprésentes, ce qui
n’arrangeait pas la sensation de froid. Elles allaient surtout être
problématiques pour mes travaux d’imagerie, mon télescope y étant très
sensible. L’orientation de mon télescope vers l’Est (en direction
de la comète) permettait précisément aux rafales de s’engouffrer dans son
tube. C’est ainsi que 219 poses photographiques sur 280 ont dû
être jetées, car inexploitables en raison des bourrasques de vent. L’image ci-dessous est issue du compositage
de seulement 61 photographies de 30 secondes à 2500 ISO, prises avec un
appareil photo Canon EOS Ra et mon télescope Newton de 200 mm d’ouverture
pour 1 m de focale :
Les photos ont été prises le 27 décembre 2025, entre
01:30 et 04:30 UTC. Le traitement a été réalisé avec le logiciel SIRIL, par
manipulation de séquences en mode manuel. J’ai éprouvé un rare plaisir à traiter cette image, en ce
qu’elle restitue quelques-uns des photons renvoyés vers la Terre par notre
extraordinaire visiteuse interstellaire. Cette entrevue avec l’objet singulier qu’est 3I/ATLAS
fait partie de ces moments marquants qui laissent un souvenir impérissable
dans la vie et l’esprit d’un astronome amateur. Une belle surprise éphémère, venue de très loin et d’il y
a très longtemps… Pour suivre la trajectoire de 3I/ATLAS dans le temps,
l’ESA met à disposition sur son site une animation consultable via le lien
suivant : https://neotools.neo.s2p.esa.int/ovt?c=MTIy ********** PETIT
EXERCICE VISANT À ESSAYER D’ÉVALUER LA VITESSE DE 3I/ATLAS À PARTIR DES
PHOTOS PRISES : Deux photos brutes de référence de la comète
interstellaire 3I/ATLAS seront retenues pour essayer d’évaluer sa vitesse, à
savoir une image prise à 00h31 et une image prise à 03h30 (heure légale
française). Ces deux clichés ont été fusionnés manuellement (sous
GIMP) en veillant à aligner les étoiles et avec transparence réglée à 50 %,
permettant de faire apparaître sur l'image fusionnée le déplacement de la
comète. Puis l'image fusionnée a été résolue par astrométrie
grâce au logiciel ALADIN. En comparant précisément les deux positions de la comète
sur cette image fusionnée et ayant fait l'objet d'une résolution
astrométrique, il est possible d’estimer sa vitesse apparente dans le ciel. Grâce à la résolution astrométrique, on peut déduire que
les positions de la comète étaient les suivantes : Position de la comète dans la photo n° 1 prise à 00 H 31
(heure légale française) : RA : 10:08:50.58 Dec :
+10:02:27.3 Position de la comète dans la photo n° 2 prise à 03 H 30
(heure légale française) : RA : 10:09:28.11 Dec :
+10:03:01.2 Ces coordonnées montrent que la comète s’est déplacée
vers l’Est (ascension droite qui augmente) et légèrement vers le Nord
(déclinaison qui augmente). En combinant les variations en ascension droite et en
déclinaison, on obtient un déplacement total de 9.292 minutes d’arc comme le montre la mesure ci-dessous effectuée via le logiciel
ALADIN :
La comète se trouvait alors à environ 1,83 unité astronomique
(selon données officielles) soit environ 274 millions de kilomètres. En convertissant le déplacement angulaire en distance
réelle à cette échelle, la comète a parcouru environ 741 000 km en 2 h 59
min, ce qui correspondrait à une vitesse apparente dans le ciel d'environ 69
km/s. Les positions astrométriques permettent de mesurer
uniquement le déplacement sur la voûte céleste, c’est‑à‑dire la composante transverse du mouvement. Elles ne donnent aucune information sur la composante
radiale (vers nous ou loin de nous). La vitesse de 69 km/s serait donc une vitesse minimale...
Attention, l'évaluation de la vitesse ci-dessus n'est
qu'un exercice de style et ne peut être considérée comme forcément exacte. Le résultat ci-dessus est à prendre avec beaucoup de
précautions en ce qu’il peut être erroné.
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