Les aurores boréales en Alsace du 19 janvier 2026 vues depuis le Massif des Vosges

Le cycle solaire n° 25 n'en finit pas de surprendre.

Dans la soirée du 18 janvier 2026, une nouvelle éruption solaire significative de classe X (X 1.95) eut lieu.

Ce n'est pas tant par sa puissance à un instant T que cette éruption se distingue que par la durée de cette puissance, l'éruption se maintenant en classe X pendant 56 minutes et restant au-dessus du seuil de classe M pendant près de 4 h 30.

Par ailleurs, cette éruption est intervenue dans une zone relativement proche du méridien solaire (vu de la Terre) et suivait un trou coronal lequel favorisait la libération des particules solaires.

Au vu de cette configuration, la survenance d'une tempête géomagnétique était probable.

Celle-ci est effectivement intervenue mais bien plus tôt que ce qui était prévu, y compris par les modélisations de la NASA / NOAA.

L’éjection de masse coronale s'est en effet propagée vers la Terre plus rapidement que ce qui était estimé.

Tandis que selon les modélisations de la NASA / NOAA la tempête géomagnétique était attendue le 20 janvier 2026 entre 7 h et 10 h (heure française), dès la soirée du 19 janvier 2026 les magnétomètres ont commencé à réagir et l'indice Bz est devenu négatif.

Au cours de cette soirée je suis ainsi sorti à côté de chez moi près du Pourtalès à Strasbourg afin d'essayer de guetter dans le ciel un éventuel signe d'aurore derrière la couche de brume...

Cette couche devait être trop épaisse car aucun signe de colorisation de la brume n'a été vu, alors même que le pic de l'activité aurorale commençait à arriver (ce que je ne savais pas encore) :

brume alsacienne

La décision a ainsi été prise de monter dans le massif des Vosges, au-dessus de cette brume qui englue habituellement (et de plus en plus) la plaine d'Alsace lors des épisodes anticycloniques hivernaux.

Une fois sur les sommets du massif vosgien, le changement de décor fut radical : le ciel, transparent, était ponctué d'une myriade d'étoiles.

De plus, l'inversion du gradient thermique et l'effet induit de mer de nuages bloquaient la pollution lumineuse de la plaine d'Alsace.

Si l'on ajoute à ces éléments la phase de nouvelle Lune, la conjonction était parfaite pour observer le ciel.

Je suis arrivé sur le lieu d'observation (un sentier pédestre) alors que l'indice Kp était au plus haut, à 8.67.

Par contre, l'indice Bz était repassé au Nord, repoussant l'aurore vers des latitudes plus hautes.

Un immense halo rouge - s’étendant du Nord-Ouest au Nord-Est - et une lueur verte - présente sur l’horizon Nord - étaient alors faiblement perceptibles à l'oeil nu.

Les photographies ci-dessous sont issues de poses de 15 secondes à 2500 ISO, réalisées avec un appareil de type Canon Eos Ra et un objectif Samyang de 14 mm ouvert à F2.4.

La tempête géomagnétique sortait de sa phase maximale et amorçait petit à petit son déclin.

Du côté Nord-Ouest, la Voie Lactée et le halo rouge semblaient s'entrecroiser, tandis que la délicate lueur verte baignait l'horizon Nord. Un oeil averti décèlera également la galaxie d'Andromède.

Halo rouge du côté Nord-Ouest avec la Voie Lactée :

éventuel arc SAR croisant la Voie Lactée

Halo rouge du côté Nord :

éventuel arc SAR ou aurore boréale

Halo rouge du côté Nord-Est :

éventuel arc SAR ou aurore boréale

Ce phénomène, mêlant de jolies couleurs contrastées rouges et vertes, était particulièrement photogénique.

La nature du halo rouge reste sujette à débat.

Ce halo a également été observé en Allemagne et en Suisse, où il a été présenté par ses observateurs non pas comme une aurore boréale mais comme un SAR (arc auroral rouge stable).

Les SAR, plus rares que les aurores boréales, se différencient d’elles en ce qu’ils ne sont pas générés par du plasma en provenance de l’espace et interagissant avec l’atmosphère mais par une fuite d’énergie thermique et cinétique en provenance du système de courants annulaires de la Terre vers la haute atmosphère.

Aurores boréales et SAR peuvent tous deux se former lors des tempêtes géomagnétiques.

Différents éléments corroborent ici l’observation d’un SAR :

- indice Bz orienté vers le Nord ayant pour effet de repousser les aurores classiques vers le Nord,
- arc s’étendant bien au-dessus ou au Sud de l’ovale auroral,
- étendue de l’arc,
- couleur rouge homogène,
- caractère diffus et peu visible à l'oeil nu,
- absence d’évolution notable de l’arc.

Un élément semble toutefois contredire l’existence d’un SAR au profit d’une aurore boréale rouge : l’existence de faibles structures perceptibles dans la partie Nord-Est de l’arc.

En science, on a tendance à catégoriser les phénomènes. Mais ici, un phénomène hybride pourrait être envisagé.

Ceux qui ont assisté au pic d'activité ont par ailleurs pu observer de beaux arcs auroraux verts.

Les aurores boréales du 19 janvier 2026 ont été présentées par de nombreux médias comme les plus fortes depuis 2003. Cette affirmation est pourtant erronée.

En réalité, la tempête géomagnétique du 19 janvier 2026 était légèrement moins forte que celles du 12 novembre 2025, du 10 octobre 2024 et bien moins forte que celle du 10 mai 2024.

Le 10 mai 2024, les aurores atteignaient le zénith et restaient visibles jusqu’au lever du jour. Le 19 janvier 2026, elles n’ont été visibles qu’une heure et n’ont jamais atteint le zénith.

Le 10 mai 2024, les draperies étaient nettes à l’œil nu, y compris en ville. Le 19 janvier 2026, elles étaient beaucoup plus discrètes.

Le 10 mai 2024, l’azote des basses couches atmosphériques avait été excité, produisant une couleur mauve-violette. Ce n’était pas le cas le 19 janvier 2026.

Une confusion médiatique a pu naître entre tempête géomagnétique et tempête de radiations solaires.

Le niveau des radiations solaires le 19 janvier 2026 a effectivement atteint un record, mais ce n’est pas cela qui provoque les aurores.

Les aurores sont provoquées par les tempêtes géomagnétiques, mesurées par les indices Kp et DST.

Le 10 mai 2024, l’indice Kp avait atteint 9 et le DST -412 nT. Le 19 janvier 2026, Kp était de 9- et le DST -218 nT.

Les aurores du 19 janvier 2026 n’en restent pas moins un événement exceptionnel sous nos latitudes.

Le cycle solaire 25 a offert aux Alsaciens quatre aurores visibles à l’œil nu depuis 2003 :

- les 10 et 11 mai 2024,
- le 10 octobre 2024,
- le 12 novembre 2025,
- et le 19 janvier 2026.

Un privilège inouï pour nos latitudes moyennes.

Pour l’astronome amateur, c’est une source d’émerveillement infinie.

Pour les gestionnaires de satellites et de réseaux électriques, c’est un rappel sévère : le Soleil peut être bien plus redoutable, comme lors de la tempête géomagnétique de Carrington en 1859.

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